La crise de la dette menace le crédit aux entreprises

Les entreprises européennes vont-elles payer les pots cassés de la crise de la dette publique ? Pour l’heure, il s’agit plus d’une menace que d’une réalité, mais de premiers indicateurs attestent de tensions sur l’accès aux liquidités dont les sociétés ont besoin pour leur financement.

Parmi ces signaux figure le véritable trou d’air enregistré depuis le début du mois de mai sur le marché obligataire. A quelques exceptions près, les grosses entreprises européennes ont littéralement déserté ce marché où elles peuvent se financer en émettant des titres d’emprunt. En pleine tourmente financière, elles n’ont pas osé affronter les investisseurs

« On n’avait jamais assisté à un mois aussi faible depuis cinq ans », fait remarquer Philippe Berthelot, directeur de la gestion de crédit chez Natixis Asset Management. « L’environnement est très volatil et amène les directeurs financiers à être extrêmement timorés, poursuit-il. Ils préfèrent attendre un contexte plus favorable avant d’émettre de la dette. »

Cette timidité est guidée par la crainte d’un effet de contagion, au vu des turbulences qui affectent la dette des Etats. Dans un rapport publié le 31 mai, la Banque centrale européenne (BCE) souligne d’ailleurs le « risque de transmission » de la crise souveraine aux banques et aux entreprises. Le patron de la BCE, Jean-Claude Trichet, expliquait lui-même, début mai, que « les taux d’intérêt de la dette d’Etat influencent les conditions de financement de l’économie ». En clair, lorsqu’un pays voit s’envoler les taux d’intérêt auquel il emprunte, ses entreprises sont généralement condamnées à subir le même sort.

Tout le monde n’est donc pas logé à la même enseigne sur le marché obligataire.

Sans surprise, les problèmes restent pour l’heure circonscrits aux entreprises situées dans les Etats les plus endettés de la zone euro. Ainsi, l’opérateur grec de télécommunications OTE, tout comme son homologue espagnol Telefonica, ont vu leur prime de risque exploser. « Les entreprises et les banques d’Europe du Sud ont subi de plein fouet la dégradation des risques souverains de la zone », confirme Félix Orsini, responsable des émissions obligataires pour la France à la Société générale. Les secteurs les plus dépendants de l’Etat, comme celui des infrastructures, sont les plus vulnérables.

Les professionnels qui, dans les banques, dirigent ces opérations en mettant en contact investisseurs et sociétés relèvent toutefois une « anomalie » : ces dernières semaines, le risque sur la dette privée a moins augmenté que celui des Etats dits « maillons faibles » de la zone euro. Comme si les investisseurs jugeaient moins risqué de prêter à des firmes privées qu’à certains pays…

Les spécialistes jugent aussi qu’il est encore trop tôt pour tirer la sonnette d’alarme. La situation est loin d’être aussi critique que dans la période ayant suivi la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Fin 2008, les entreprises s’étaient retrouvées dans l’incapacité de lever des fonds. Ou alors à des coûts décourageants.

Depuis, elles ont fait des réserves. Pendant toute l’année 2009, elles se sont précipitées sur les marchés obligataires, devenus désormais leur principale source de financement. En multipliant les émissions, elles ont regonflé leur trésorerie et peuvent se permettre d’attendre un peu que la tempête se calme. Mais il n’empêche. D’autres signaux alimentent les inquiétudes, comme les tensions qui règnent dans le secteur bancaire. Leur exposition au risque souverain met les établissements financiers sous pression. Qui détient de la dette ? De quel pays ? Dans quelles proportions ?

Ces questions continuent de tracasser les marchés. Dans l’expectative, les banques rechignent à se prêter entre elles. Depuis plusieurs semaines, elles recommencent à affluer au guichet de prêts à court terme de la BCE, resté ouvert depuis la crise financière.

La nervosité fait renaître la méfiance envers les établissements les plus faibles d’Europe, en Espagne, en Allemagne ou en Irlande. Le risque est celui d’une augmentation de leurs coûts de financement. In fine, cette situation pourrait conduire les banques à « limiter l’offre de crédit aux entreprises », estime Yves Zlotowski, économiste en chef de la Coface.

Pour l’instant, selon les chiffres de la BCE, on n’observe pas vraiment de credit crunch, ce phénomène qui désigne la raréfaction et le renchérissement du crédit bancaire. Mais selon M. Zlotowski, la menace n’est pas exclue en Espagne, en Grèce ou au Portugal.

Dans ces pays, les prévisions ne sont guère encourageantes. Soumis à des plans d’austérité drastiques pour réduire leurs déficits, ils devraient connaître une longue période de récession. « L’environnement macroéconomique va rester difficile, il y aura donc un risque très fort d’incidents de paiement de la part des entreprises », estime M. Zlotowski.
le monde

Encore quelques mois avant que la situation ne devienne vraiment difficile, profitez en pour anticiper et vous mettre en sécurité.

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