Grèce : une aide de 110 milliards d’euros en échange de « grands sacrifices »

Les ministres des Finances de la zone euro ont déclenché dimanche un mécanisme d’aide sans précédent à la Grèce, qui s’est de son côté engagée à un nouveau plan d’austérité drastique. L’aide européenne s’élève à 110 milliards d’euros sur trois ans. Et la BCE annonce ce lundi qu’elle allait accepter les titres de dette grecque en garantie de ses prêts, quelle que soit leur notation financière, une mesure inédite qui devrait soulager la Grèce et les banques de la zone euro.


La banque centrale européenne (BCE) a annoncé ce lundi qu’elle allait accepter les titres de dette grecque en garantie de ses prêts, quelle que soit leur notation financière, une mesure inédite qui devrait soulager la Grèce et les banques de la zone euro. La BCE a levé « jusqu’à nouvel ordre » toute condition relative à la notation de crédit pour les titres de dette grecs qu’elle accepte en contrepartie de prêts, dits « collatéraux », selon son communiqué.

Cette suspension, une première dans l’histoire de l’institution de Francfort, permet aux banques possédant des obligations grecques de continuer à obtenir du crédit auprès de la BCE, malgré la dégradation de leur notation financière.

Cette mesure vient s’ajouter au très important plan de sauvetage de 110 milliards d’euros annoncé dimanche.

« Eviter la faillite est notre ligne rouge nationale ». Ces mots tout juste prononcés dimanche par le Premier ministre grec, Georges Papandréou, lors d’une réunion extraordinaire de son gouvernement retransmise en direct à la télévision, introduisent les détails du plan de sauvetage trouvé samedi soir avec l’Union européenne et le FMI, le Fonds monétaire international. L’accord conclu prévoit « de grands sacrifices ». Des sacrifices « difficiles mais nécessaires » et ce en contrepartie d’une aide évitant le pays de sombrer dans la faillite.

Il s’agit d’une « aide sans précédent au niveau mondial », a insisté le Premier ministre, confirmant les chiffres qui circulent dans la presse, soit entre 100 et 120 milliards d’euros. 110 milliards précisément, ont indiqué dimanche soir les membres de l’Eurogroupe, les ministres des finances de la zone euro.

L’Eurogroupe approuve

Dans un communiqué, la Commission européenne a recommandé d' »activer » le mécanisme européen d’aide à la Grèce, qu’elle juge « décisif » pour « préserver la stabilité de la zone euro ». Chose faite dimanche soir par les Etats de la zone euro qui ont approuvé le déclenchement de cette aide.

« Nous avons décidé aujourd’hui d’activer le plan de soutien » en faveur de la Grèce , a déclaré leur chef de file Jean-Claude Juncker. « Le programme financier met 110 milliards d’euros à disposition de la Grèce sur trois ans pour lui permettre de faire face à ses obligations, les Etats de la zone euro contribuant à hauteur de 80 milliards d’euros, dont 30 milliards d’euros au cours de la première année » 2010, à un taux moyen de 5%, a-t-il dit.

L’instance dirigeante du FMI doit encore approuver officiellement sa participation de 30 milliards d’euros « dans la semaine », a annoncé de son côté son directeur général, Dominique Strauss-Kahn, dans un communiqué. Les dirigeants des pays de la zone euro sont, eux, convoqués ce vendredi 7 mai pour un sommet extraordinaire à Bruxelles.

Les premiers versements interviendront « d’ici au 19 mai », date d’une échéance importante des autorités grecques pour refinancer la dette de leur pays sur les marchés. On suivra aussi avec attention la réaction des marchés ce lundi.

Des mesures drastiques

« La Grèce a besoin de pouvoir emprunter 60 milliards d’euros par an » a expliqué le Premier ministre grec. Quant aux économies demandées, elles « atteindront 30 milliards d’euros sur trois ans », en plus des 4,8 milliards déjà annoncés pour 2010″. De façon à ramener le déficit public grec, qui a atteint en 2009 environ 14% du PIB, sous le seuil européen autorisé de 3% « d’ici fin 2014 », at-il expliqué.

Cité dans un communiqué, le président de la Commission, José Manuel Barroso, qualifie les mesures d’austérité imposées à la Grèce de « solides et crédibles ». Pour Poul Thomsen, le chef de mission du Fonds monétaire international (FMI) en Grèce, les ajustements budgétaires acceptés en contrepartie d’une aide financière internationale sont « sans précédent ».

De son côte, la dette publique est attendue à 133,3% du PIB cette année et devrait continuer à progresser, jusqu’à 149,1% en 2013, avant de commencer à refluer en 2014, à 144,3%.

« Dans la marge de négociation très étroite dans laquelle nous nous sommes retrouvés, il est bon que les salariés du secteur privé ne soient pas touchés. Nous avons dû prendre des mesures qui touchent les salariés et les retraités du secteur public. Cela parce que le grand homme malade, c’est le secteur public ».

Parmi les principales mesures réclamées par le Fonds monétaire international, Athènes devra notamment relever la TVA de un à deux points (elle s’élève actuellement à 21%), supprimer les 13e et 14 mois de salaire dans la fonction publique compensées par des primes pour les plus bas revenus.

Des sources européennes évoquaient également ces derniers jours le fait qu’Athènes réduise son déficit public de 10 points en pourcentage du PIB en deux ans, l’équivalent de 24 milliards d’euros d’économies, un objectif qui pourrait aggraver la récession et avoir des contrecoups dans l’opinion.

« Nous avons eu des négociations marathon, explique Le Premier ministre grec, et avons fait en sorte que la communauté internationale prête atention aux problèmes du peuple grec. Je reste convaincu que cela n’est pas seulement notre problème à nous mais que cela relève aussi d’un problème de fonctionnement des marchés et des mécanismes de défense de l’euro ».

Dès vendredi, le chef du gouvernement grec préparait le pays au plan d’austérité en assurant que la Grèce doit prendre des mesures assurant sa survie.

Récession pire que prévu

En 2010, le produit intérieur brut (PIB) de la Grèce devrait chuter de 4%, au lieu de la baisse de 2% attendue jusqu’ici. Telles sont les nouvelles prévisions officielles sur lesquelles s’est basé l’accord conclu par Athènes avec les Européens et le FMI.

Application du plan « à la virgule près »

L’Allemagne a pour sa part, déclaré qu’elle « examinera de près » l’accord lors d’une réunion de son conseil des ministres lundi. Après avoir longtemps renâclé, le pays va finalement fournir la contribution la plus importante sur trois ans, soit 22,4 milliards d’euros. « Il est de notre devoir de défendre la stabilité de la zone euro dans son ensemble », a dit à Bruxelles son ministre des Finances Wolfgang Schäuble.

Le ministre allemand de l’Economie Rainer Brüderle estime dans un communiqué que la Grèce va mettre en oeuvre rapidement et de façon crédible les réformes annoncées. « De même que l’Allemagne et les citoyens allemands s’impliquent en faveur de la stabilité de la zone euro, j’attends maintenant du gouvernement grec, qu’il mette en oeuvre rapidement, avec détermination et de façon crédible, à la virgule près, le plan d’austérité » négocié avec le FMI et l’Union européenne, écrit-il dans un communiqué.

A Bonn, pour une réunion ministérielle consacrée au changement climatique, la chancelière allemande Angela Merkel a qualifié ce plan de « très ambitieux » en soulignant que les coupes prévues « requièrent un haut niveau de capacité politique de mise en oeuvre ».

Son homologue française, Christine Lagarde, souhaite quant à elle qu’un signal fort soit envoyé lors de la réunion des ministres des Finances de la zone euro. « Je pense que c’est un exercice de solidarité que nous sommes en train de conduire et clairement tout le monde a intérêt à ce que la Grèce soit stable et à ce que la Grèce soit remise sur pied et obtienne à nouveau la confiance des marchés.  » « Tout le monde doit regarder ce qu’il peut faire et je m’attends à ce que le secteur financier regarde aussi ce qu’il peut faire », a-t-elle ajouté à son arrivée à la réunion de l’Eurogroupe.

La BCE approuve…

« Le conseil des gouverneurs de la BCE (Banque centrale européenne, ndlr) accueille favorablement le programme d’ajustement économique et financier qui a été approuvé aujourd’hui par le gouvernement grec après la conclusion des négociations avec la Commission européenne, en liaison avec la BCE et le FMI », a déclaré la banque centrale des 16 pays de la zone euro. « Les réformes structurelles et les ajustements fiscaux ambitieux contenus dans ce programme sont appropriés pour remplir les objectifs de stabilisation de la situation économique et budgétaire (…) Il s’attaque résolument aux difficultés de la Grèce », lit-on encore dans le communiqué.

… pas les syndicats

Pour la grande centrale syndicale de la fonction publique grecque (Adedy), les mesures d’austérité annoncées par le gouvernement socialiste « conduisent à la paupérisation de la société » et « rendent les riches plus riches et les pauvres plus pauvres ».Elles se traduisent, d’après elle, par « une baisse des revenus des fonctionnaires et des retraités allant jusqu’à 35% ».

Les syndicats ont appelé à un mouvement national de grève le 5 mai dans la fonction publique et le secteur privé. Jeudi soir, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui protestaient contre la politique d’austérité devant le ministère des Finances. Athènes a en effet déjà mis en oeuvre des mesures de réduction des traitements de la fonction publique, relevé certaines taxes et gelé les retraites dans le cadre d’un vaste plan d’austérité destiné à réduire d’un tiers environ son son déficit budgétaire cette année, suscitant le mécontentement et parfois la colère de la population.

Le secteur bancaire grec sous pression

Pour ne rien arranger, le secteur bancaire grec est plus que jamais sous pression. L’agence de notation financière Moody’s Investors Service a en effet annoncé ce vendredi avoir abaissé les notes de solidité financière de neuf banques du pays : National Bank of Greece, EFG Eurobank Ergasias SA, Alpha Bank AE, Piraeus Bank, Emporiki Bank of Greece (filiale du français Crédit agricole), Agricultural Bank of Greece, General Bank of Greece, Marfin Egnatia Bank et Attica Bank.

Moody’s souligne dans son communiqué que les notes des dépôts et celles des dettes des banques grecques restent sous revue en vue d’une possible dégradation, revue qui devrait être conclue en même temps que celle de la dette souveraine d’Athènes. L’agence explique que les tensions économiques auxquelles est confrontée la Grèce ont un impact sur la situation du secteur bancaire.

Vendredi matin, l’ex-secrétaire d’Etat aux affaires européennes, aujourd’hui président de l’AMF, l’Autorité des marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet, a estimésur RMC et BFM TV que la situation de l’Espagne et du Portugal est très différente et nettement moins alarmante. Il a également milité pour la mise en place de mesures destinées à lutter contre la spéculation intervenue contre la dette grecque.
la tribune

Cela va t il servir à quelque chose, je doute fortement, et prenons en de la graine, on ne vous le dira jamais assez, la France également vivra une telle situation avec les mêmes conséquences, une ultra austérité.
Normalement le FMI prete à 3,5% , c’est l’Allemagne et l’europe qui punissent la Grèce avec ces 5%, en plus, c’est rajouter de la dette plus chère à de la dette passée, et puis je pense qu’il sera impossible d’économiser 30 milliards sur 3 ans dont 22 en deux ans, le pays ne supportera pas un tel choc, et l’économie ne repartira pas.

Si il faut refinancer le tiers de la dette de chaque pays européen, c’est des milliers de milliards d’euros qu’il faudra, et l’europe prend un gros risque en pretant à la grèce, il ne rembourseront pas, c’est évident, en fait l’europe se jete dans une fuite en avant totalement folle mais comme ce sont les banques françaises et allemandes qui détienent une bonne partie de la dette greque, ils n’ont pas le choix, c’est la faillite maintenant ou la faillite plus tard….

Ce sera la faillite plus tard, la faillite pour tous, youpi !!!!
Allez à la campagne, soyez courageux, et n’ayez pas peur d’agir

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

3 Réponses to “Grèce : une aide de 110 milliards d’euros en échange de « grands sacrifices »”

  1. Rigel Says:

    Je crois aussi que ce prêt à 5% cette une vaste arnaque (les Etats veulent se faire de l’argent sur le dos de la Grèce mais il faut quand même se demander si elle pourra un jour remboursé) en gros sur le marché c’était du 6,5 % et avec ce super plan du 5% en contrepartie de mesures d’austérité apocalyptiques ! La récession va être tellement forte que même leur augmentation de TVA ne compensera pas la perte du à la baisse de volume de la consommation. Ce n’est pas en saignant le peuple grec que la situation va s’arranger…

  2. Alcide Says:

    Il ne s’agit pas de  » Sauver la Grèce » et encore moins le peuple grec mais de sauver les banques qui ont prêté au gouvernement grec.
    Les échéances arrivent aux 19 mai, mais dommage, pas d’argent dans les caisses.
    C’est en réalité une nouvelle saloperie des gouvernements français et allemands pour sauver sournoisement leur banque fortement exposée.
    Banques qui ont prêté à la Grèce l’argent qu’elle n’avaient pas, sorti de leur réserve fractionnaire comme un illusionniste sort un lapin de son chapeau.
    Il s’agit d’une permutation de créancier. Le contribuable européen se substitue aux banquiers qui ainsi récupèrent sans aucun risque leur mise!
    Ce n’est plus une gestion de bon père de famille , c’est une nouvelle arnaque!
    Le monde entier sait que la Grèce ne pourra pas payer ni aujourd’hui et encore moins demain totalement étranglée par les cures d’austérité

  3. Alcide Says:

    à lire sur l’explication de la fraude de la dette :
    http://les-deboires-d-amada.over-blog.fr/ext/http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Arnaque+dette+2

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :