Le roi du cyber-scoop dans le collimateur de la CIA ?

Le site spécialisé dans la publication de documents confidentiels WikiLeaks accuse la CIA de vouloir le conduire à la fermeture à cause d’une vidéo compromettante pour l’armée américaine qu’il menace de divulguer.

Dans le rôle de Goliath, les services de renseignements américains. Dans celui de David, WikiLeaks. Dans un éditorial au vitriol publié le 26 mars, le site spécialisé dans la publication en ligne de documents confidentiels accuse, en effet, la CIA de vouloir le couler…

« Les activités de surveillance et de harcèlement – dont l’arrestation et l’interrogation pendant toute une nuit de l’un de nos bénévoles – sont excessives depuis un mois », affirme Julian Assange, porte-parole du site et de Sunshine Press, l’association à but non lucratif qui en est à l’origine. Sur son fil Twitter, WikiLeaks entre dans les détails : « Deux personnes sous couverture diplomatique ont suivi notre rédacteur islandais », « Nous avons vu des photos secrètes prises à notre insu lors de nos réunions de travail »… L’un des derniers tweets verse même dans la paranoïa : « Si quelque chose nous arrive, vous savez qui en est responsable… »

L’affaire ressemble à un mauvais James Bond. WikiLeaks assure qu’il s’est attiré les foudres des services secrets américains en menaçant de divulguer une vidéo impliquant l’armée américaine dans la mort de civils en Afghanistan.

Couler WikiLeaks

Une menace que la CIA prendrait d’autant plus au sérieux que, au fil des scoops qu’il a révélés, le site s’est bâti une réputation de fiabilité. En 2008, le très sérieux magazine britannique « The Economist » lui a même décerné le prix de « meilleur nouveau média ».

Ce n’est pas la première fois que la CIA s’intéresse au petit site qui en saurait trop. En 2008, le service de contre-espionnage a ainsi pondu un rapport qui présentait WikiLeaks comme une « menace pour les troupes américaines à l’étranger ». Un document que WikiLeaks a promptement mis en ligne, forçant le ministère de la Justice à confirmer son authenticité… L’épisode est d’autant plus gênant pour les espions « made in USA » que ce rapport expose plusieurs moyens de couler le site. Il propose notamment de divulguer l’identité des sources de WikiLeaks, alors que l’anonymat est la raison même de son succès.

Coup de pub ?

Pour l’instant, WikiLeaks tient bon et a même lancé une contre-offensive. Dans la foulée de son éditorial, le site a publié un rapport de la CIA intitulé « Comment influencer le soutien des pays européens à la mission de l’Otan en Afghanistan ? » datant de février 2009. Un document savoureux dans lequel on peut lire, entre autre, cette analyse : « Si Nicolas Sarkozy a réussi à faire voter l’envoi d’un contingent supplémentaire de militaires, la défaite annoncée aux élections régionales pourrait remettre en question ce soutien ». À voir.

L’intérêt des services secrets américains pour WikiLeaks représente aussi une aubaine médiatique pour un site en manque de moyens. Ce dernier doit encore lever 300 000 dollars grâce à des dons uniquement, afin de pouvoir boucler son budget 2010. Rien de tel qu’une bonne guerre contre les « perfides » services secrets pour lui attirer des sympathies à même de remplir son tiroir-caisse…
france 24

Et un autre article de Rue 89 :

WikiLeaks décrété « menace pour l’armée » par le Pentagone

Les médias de qualité reçoivent de nombreux prix, mais seul l’un d’entre eux, WikiLeaks.org, peut se vanter d’avoir reçu celui de « menace pour l’armée américaine », délivré par le Pentagone. Certes, ce dernier, en qualifiant ainsi WikiLeaks, ne souhaitait pas particulièrement le complimenter. Mais ce sont bien les scoops de ce site d’un genre nouveau qui lui valent cette reconnaissance étonnante

Ce service, lancé fin 2006 par des journalistes et des mathématiciens, est un site à but non lucratif qui propose aux internautes du monde entier de publier des documents intéressants pour leurs concitoyens -« Wiki » est une racine employée dans le jargon du net pour désigner les contenus issus d’un travail colloboratif, et « leaks » signifie « fuite ».

Le serveur garantit l’anonymat des sources grâce à un système de cryptage sophistiqué.

Wikileaks a publié des documents du Pentagone
Fidèle à lui même, WikiLeaks a publié ce rapport de 32 pages (en PDF). Il est intitulé « Wikileaks.org- une référence online pour les services de renseignement étrangers, les rebelles, ou les groupes terroristes ? », et est issu du Centre de contre-espionnage de l’Armée.

Ses auteurs s’inquiètent du fait que des employés du Pentagone ou des agents infiltrés peuvent se servir de ce site pour divulguer des documents sensibles ou classifiés.

WikiLeaks a publié à plusieurs reprises des documents internes au département de la Défense américain, et notamment

le livre des procédures de Guantanamo, qui détaillait les contraintes subies par les prisonniers
des documents sur les équipement et les opérations de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan en avril 2007
En trois ans d’existence, le site a publié de très nombreux documents de première importance. « Il a sorti en trois ans plus de scoops que le Washington Post en trente ans », a pu écrire le journal The National, une formule reprise à l’envi par les fondateurs du site.

Victime de son succès, le site manque d’argent
Plusieurs Etats (Chine, Corée du Nord, Thaïland…) ont tenté de bloquer le site, et de grandes entreprises l’ont poursuivi en justice, sans résultat jusque là.

WikiLeaks est surtout victime de son propre succès, ne parvenant pas à financer son développement.

Le site est financé par les donations d’organisations non-gouvernementales ou de particuliers. Il a besoin de 600 000 dollars par an pour fonctionner, mais ne parvient qu’à lever les deux tiers de cette somme. Il a failli fermer au début de cet année.

Dans une récente interview à la BBC, l’australien Julian Assange, un des cinq responsables de WikiLeaks, un blond d’un calme extrême (à gauche sur la photo ci-dessus), défend le projet :

« Pour la première fois dans l’histoire, nous avons une presse vraiment libre pour ce qui est de la publication de documents importants.

La question intéressante qui est aujourd’hui posée, c’est ce que seront les standards de la presse libre au XXIe siècle, alors que tous les médias basculent vers Internet.

Va-t-on vers un ensemble de bonnes lois, à travers le monde, pour protéger la liberté de la presse et donc la démocratie ? Où va-t-on vers un compromis entre différentes lois, dont celles de la Chine ? »

L’Islande, prochain paradis de la protection des sources ?
WikiLeaks dernier a jusque là réussi à déjouer toutes les attaques, mais avec le Pentagone, il va affronter un adversaire autrement plus sérieux. C’est en Islande que se prépare sa défense.

Sous l’impulsion de Julian Assange, une initiative a été lancée par des députés en vue de doter le pays des lois les plus protectrices possibles pour les journalistes. Le moment est propice : depuis la faillite financière de l’Islande, favorisée par l’opacité des pratiques bancaires, l’opinion est avide de changements radicaux et de transparence accrue.

Si l’initiative des députés aboutit, son impact pourrait être international : l’Islande deviendrait peut-être alors le havre de paix des journalistes d’investigation du monde entier.
rue89

On verra bien, mais allez savoir si ce n’est pas une officine de désinformation, avec la bonne vieille méthode de donner deux scoop pour un mensonge.

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