Libération commence à comprendre que la crise est loin d’etre finie, la preuve, ils interviewent Paul Jorion

Bien avant la crise des subprimes, Paul Jorion, anthropologue, sociologue, économiste et spécialiste des sciences cognitives, a été l’un des rares observateurs à prévoir précisément les causes et les effets des déséquilibres financiers des Etats-Unis et du reste du monde.

Etes-vous de ceux qui estiment que la spéculation est repartie comme si rien ne s’était produit il y a un peu plus d’un an ?
Très peu de mesures dignes de ce nom ont été prises depuis la crise des subprimes et les faillites en cascade des banques de Wall Street et d’AIG, la plus grande compagnie d’assurance. La spéculation reste l’activité dominante dans toutes les salles de marché du monde. Bien sûr, elle ne porte plus nécessairement sur les mêmes produits qu’hier : beaucoup ont disparu, en particulier les produits financiers ultra-sophistiqués pour lesquels il n’existe plus de marché. Les chiffres mirobolants que les établissements de Wall Street nous présentent résultent en grande partie du fait que la part de marché des rares survivants a été multipliée par trois ou quatre. Ils se retrouvent avec de l’argent liquide dont ils ne savent pas trop quoi faire : ils se ruent sur les marchés actions, sur les matières premières… sans que ces achats soient justifiés par une embellie de l’économie réelle.

Vous dites rien n’a changé, n’est-ce pas provocateur ?
Je dis simplement que ceux qui dirigent le monde ont dit au lendemain de l’explosion financière : «Plus jamais ça.» Et pourtant, leur première décision a été de tenter de relancer l’économie en relançant le crédit, alors que le monde s’écroulait justement à cause d’un surendettement. Cette situation perdure depuis trente ans, depuis que ne cesse de se creuser l’écart entre la part de la richesse qui va aux salaires et celle qui va au capital et à la spéculation. On essaie de soigner le mal en reprenant la même thérapie : compenser les revenus insuffisants par du crédit, alors que c’est ce crédit excessif qui a provoqué l’effondrement auquel on a assisté.

Comment voyez-vous les prochaines années ?
Il ne faut pas se raconter d’histoire, nous sommes en train de fabriquer d’autres bulles spéculatives : sur les marchés actions et sur les marchés des matières premières. Dubaï est un symptôme de ce qui nous attend.

C’est-à-dire ?
La bombe à retardement de 2012, c’est l’immobilier commercial : les centres commerciaux, les stations touristiques, les bureaux, un peu partout dans le monde. Leur situation est financièrement dramatique. Tous ces actifs immobiliers ont été achetés à crédit et leur niveau actuel de recettes ne suffit pas à couvrir les échéances de crédits. Aux Etats-Unis, les actifs immobiliers commerciaux et industriels se sont déjà dépréciés de 30%. Leur financement, c’est du crédit revolving, qui vient à échéance en 2011 ou 2012. Qui acceptera de leur prêter des sommes supérieures à la valeur marchande de ces immeubles aujourd’hui ? Personne bien entendu ! Le pire est devant nous. Les deux prochaines années seront des années redoutables.

Le risque ?
C’est qu’à la prochaine explosion financière, les opinions publiques aient perdu patience et disent «Maintenant ça suffit !» D’autant plus qu’elles n’auront pas oubliées les paroles de ceux qui nous disaient : «Nous allons tout réparer.» Entre 1929 et 2008, on a eu le temps d’oublier. Entre 2008 et 2012, ce sera trop court pour qu’on ait eu le temps d’oublier. Or, c’est tout le système qui est porteur des dérives spéculatives, et ce depuis trente ans. Les bonus des traders ou les taxes sur les opérations financières, c’est la partie visible de l’iceberg. Ça montre surtout qu’on n’a pas pris conscience de la gravité du problème : ce n’est pas une question de détails, tout le système est à terre.
libération

Que dire de plus,
 » tout le système est à terre  » , LOL
Vivement 2012 !!!!

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Une Réponse to “Libération commence à comprendre que la crise est loin d’etre finie, la preuve, ils interviewent Paul Jorion”

  1. Alex-Crémant Says:

    Voilà enfin que les journaux mainstream commencent à se réveiller…
    Voir en lien l’excellent blog de Paul jorion où il nous distille jour après jour ses vues perçantes sur l’actualité économique.
    bien à vous.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :